OGM, comment « défricher » le débat ?

En publiant le 19 septembre dernier les résultats d’une étude « top secret » menée par des scientifiques français  sur des rats nourris au maïs OGM, la revue « Food and chemical toxicology » a relancé le débat sur les OGM dans notre alimentation.

79 % des français se disent « très inquiets » ou « plutôt inquiets » de la présence de maïs transgénique dans leur alimentation selon un sondage Ifop, soit 11% de plus que lors du précédent sondage de décembre 2011.

Cette étude est néanmoins  très controversée à plusieurs niveaux et en contradiction avec d’autres études réalisées préalablement sur le même sujet.

 

A défaut de pouvoir objectiver sur ce sujet brûlant et vous prédire si l’espèce humaine va bientôt être abattue à coups d’épis de maïs transgénique, voici quelques éléments d’information et de comparaison pour récapituler la situation :

L’étude française a été menée pendant 2 ans par l’équipe de Gilles-Eric Séralini (professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen) sur 200 rats répartis en différents groupes : rats témoins, rats nourris au maïs transgénique (Monsanto), rats nourris au maïs transgénique et traité à l’herbicide Round Up (Monsanto), rats nourris au maïs non transgénique mais ayant également ingéré de l’herbicide Round Up, avec 3 concentrations différentes pour chacun des groupes non témoins, afin de mesurer l’effet dose.

Petit rappel : le maïs transgénique en question a été génétiquement modifié par l’homme afin de pouvoir résister à l’herbicide Round Up qui est un herbicide non ciblé donc susceptible de détruire toutes les cultures et pas seulement les « mauvaises herbes ».

Les Résultats :

Dans les groupes « OGM », 50 % des mâles et 70 % des femelles sont morts avant l’espérance de vie moyenne.

En fin de vie (leur courte vie n’étant que de 2 ans…), 50 à 80% des femelles « OGM » avaient développé des tumeurs versus 30% chez les non OGM.

Les tumeurs mammaires (93% des tumeurs) et hypophysaires se sont développés plus précocement dans les groupes « OGM ».

Leurs congénères mâles, dont la mortalité était liée majoritairement à des problèmes hépatiques ou rénaux,  n’ont pas été en reste : néphropathies chroniques progressives en plus grand nombre chez les rats « OGM »…

Si les tumeurs n’ont pas touché plus les mâles nourris aux «OGM que les témoins, elles sont néanmoins apparues bien plus tôt chez eux : dès le 4ème mois et en explosion au 11ème et 12ème mois, alors que seulement en fin de vie (23-24ème mois) pour les témoins.

Les résultats sont similaires pour l’incidence de la mortalité et des tumeurs que l’alimentation soit faite de maïs transgénique traité ou non au Round Up.

Ces résultats glaçant surprennent alors que la publication des résultats de Chelsea S. et coll en janvier dernier et compilant 24 études d’OGM sur le long terme (de 90 jours à 2 ans) se voulait beaucoup plus rassurante.

Celle-ci ne révélait aucun problème sanitaire lié à la consommation à long terme de nourriture dérivée d’OGM.

Cependant, les auteurs soulignaient que « les biais majeurs observés dans certains papiers soulignent l’urgence d’améliorer le processus de relecture avant la publication de résultats sur ce sujet. » et rapportaient que seulement 6 études sur les 24 qu’ils ont examinées avaient utilisé un nombre approprié d’animaux.

Le co-auteur de l’étude française, le Dr Spiroux, rétorque concernant l’étude américaine en disant que ces travaux portent surtout des études « nutritionnelles » plutôt que de toxicologie et que ces études sont certes à long terme mais pas à « vie entière » comme l’étude française.

L’étude de l’équipe française est quant à elle controversée aussi sur plusieurs points :

  • le choix de l’espèce de rats, dont les femelles développeraient spontanément plus de tumeurs, mais qui est volontairement la même espèce que celle des études ayant servi à Monsanto pour leurs autorisations de mise sur le marché d’OGM.
  • Un trop petit nombre de rats par groupe d’échantillons, pourtant conforme au protocole des études d’évaluation de la toxicité des produits chimiques par l’Europe.
  • L’absence d’effet « dose-réponse » : il n’y a pas plus de tumeurs/de mortalité avec les doses plus élevées, ce qui est rare lors d’études toxicologiques.
  • L’hyper médiatisation liée à cette étude : sortie d’un livre, d’un film…

Au niveau des institutions et des pouvoirs publics, les réactions ne se sont pas non plus fait attendre :

L’agence européenne de sûreté alimentaire (l’EFSA), l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et le Haut Conseil aux biotechnologies (HCB) prévoient de réévaluer les résultats de cette étude, ce à quoi ne s’opposent pas les auteurs qui ne se disent pour autant pas prêts à donner leurs résultats si l’État et l’Europe ne rendent pas publiques toutes les études de toxicologie qui ont permis aux Instances d’évaluation d’autoriser la mise sur le marché des OGM ou des pesticides.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a quant a lui annoncé que si le danger de certains OGM était vérifié, la France « défendrait au niveau européen » l’interdiction de maïs transgénique NK-603 (la souche étudié lors de l’étude).

L’ancien secrétaire d’État à la Consommation, Frédéric Lefebvre (UMP), a appelé dans un communiqué le gouvernement « à favoriser le développement et la visibilité » de l’étiquetage « sans OGM » et souligne qu’il a signé le décret autorisant cet étiquetage.

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A suivre, pour ceux qui veulent approfondir :

Le livre « « Tous cobayes ! », de l’auteur de l’étude Gilles-Eric Séralini, éditions Flammarion, en librairie depuis le 26 septembre

Le film choc de Jean-Paul Jaud, « Tous Cobayes ? », adapté du livre de Gilles-Eric Séralini, également depuis le 26 septembre en salles (attention âmes sensibles et amoureux des bêtes s’abstenir !)

« Grand Journal » de Canal + du 19 Septembre et documentaire sur France 5 le 16 octobre prochain

La liste Greenpeace qui classe tous les produits de la grande distribution susceptibles de contenir des OGM selon qu’ils contiennent ou non des traces d’OGM : http://guide-ogm.greenpeace.fr/guide

Pour info : Par mesure de précaution, aucun des produits de la gamme Kitchendiet ne contient d’OGM !

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