Les energy drinks donnent-ils vraiment des ailes?

Autorisées à la vente sur le marché français depuis 2008 après une longue polémique, l’absence de risques liés à la consommation de ces boissons fait toujours débat. Quels sont les avis scientifiques déposés sur les ingrédients spécifiques de ces boissons et sur leur mélange?

 

Tout d’abord il faut bien faire la différence entre boissons énergisantes et boissons énergétiques de l’effort. Ces dernières, sont destinées aux sportifs et encadrées par la réglementation. Elles ont pour but de compenser les pertes en eau, glucides et minéraux durant une activité physique.

Tandis que les boissons énergisantes sont des boissons stimulantes dont les principales motivations d’achat sont de pouvoir lutter contre la fatigue, que ce soit pour accroître ses performances au travail ou pour pouvoir sortir le plus longtemps possible la nuit. C’est pourquoi on retrouve souvent ces « energy drinks », seuls ou dans des cocktails, à la carte des bars et boîtes de nuit. Près de 65%  des consommateurs sont âgés de moins de 35 ans.

 

C’est la marque Red Bull qui a lancé la mode de ces boissons « boosters » d’énergie. Inspirée d’une boisson tonique thaïlandaise, le « Krating Daeng », elle est arrivée en France en Avril 2008 après la levée de l’interdiction de commercialisation par application du principe de précaution vis à vis des effets douteux de la taurine et d’un taux élevé de caféine. Mais c’est d’abord une version inédite et spécifique à la France, sans taurine, sans glucuronolactone (remplacés par de l’arginine) et avec moins de caféine qui a d’abord été mise en rayons, avant d’être acceptée par le gouvernement sous sa forme initiale en Juillet 2008. À la demande du Ministère de l’Économie et des Finances, la mention « À consommer avec modération : maximum deux canettes par jour. Déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes » figure sur le produit français. Jusque là certains consommateurs français s’approvisionnaient ou consommaient hors des frontières, notamment en Belgique, en Espagne…où cette boisson était proposée depuis plusieurs années notamment dans les discothèques en mélange avec de l’alcool.

Depuis d’autres marques se partagent également le marché, parmi lesquelles Dark Dog, Burn, Monster Energy…et même des marques de distributeurs.

 

Les ingrédients spécifiques aux « energy drinks » sont la caféine, la taurine, le glucuronolactone et les vitamines du groupe B.

Le seul ingrédient ayant bénéficié d’une allégation santé est la caféine, dont l’EFSA a reconnu l’effet positif sur la vigilance et l’endurance physique, à des doses de 3mg/kg de poids une heure avant l’exercice, soit environ 2 canettes pour une femme. Une autre étude montre que les adultes peuvent consommer jusqu’à 400 mg par jour de caféine sans craindre de risque, et jusqu’à 300 mg pour les femmes en âge de procréer. On sait néanmoins que certaines personnes sont particulièrement sensibles à la caféine chez qui elle provoque palpitations, tremblements, hypertension, anxiété, irritabilité…Ces personnes ne doivent donc pas consommer ces boissons, de même que les femmes enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants.

La quantité de caféine présente dans une canette (250 mL) de Red Bull classique est de 80 mg et équivaut à celle d´une tasse de café filtre. Cette dose est le double de celle du Coca Cola. 100 ML de cette boisson apportent:

  • 45 Kcal
  • 11G de glucides simples
  • 80 mg de caféine
  • 1 000 mg de taurine
  • 600 mg de glucuronolactone

Trop sucré ? C’est donc la même valeur énergétique qu’un soda à base de cola mais avec double dose de caféine. On reproche souvent à cette catégorie de boissons de contenir beaucoup de sucre, mais ce n’est ni plus ni moins la même quantité de sucre que dans un soda ou jus de fruits. Il existe maintenant également une version light ou « sugar free » qui apporte elle 3 kcal aux 100 mL.

 

Et les autres ingrédients énergisants…

La taurine est un acide aminé que l’organisme peut synthétiser et également apporté par les aliments, à raison de 0.1 à 1 g par jour. Il ne s’agit pas comme certains le pensent d’un extrait animal. Elle est ajoutée pour son « pouvoir détoxifiant » et son rôle dans différentes fonctions neurologiques. Des apports importants chez l’adulte sont rapidement éliminés dans les urines sans bénéfice démontré sur la santé ou la performance.

Le glucuronolactone est un dérivé de glucose produit naturellement dans le foie humain, que l’on retrouve aussi dans certains aliments comme les céréales ou le vin. Il est censé aider à lutter contre la fatigue et apporter un sentiment de bien-être.

Le groupe scientifique de l’EFSA sur les additifs alimentaires et les sources de nutriments ajoutés aux aliments (groupe ANS) a conclu qu’une consommation journalière de 350 ml (soit moins de 2 cannettes) comporte une teneur en taurine et en d-glucuronolactone qui ne constitue pas un problème en termes de sécurité.

Les vitamines du groupe B interviennent dans le métabolisme énergétique et les fonctions neurologiques et sont ajoutées au mélange dans le but d’améliorer les performances physiques et intellectuelles.

Le principal risque lié à la consommation de ces energy drinks est le dépassement des doses acceptables en caféine, taurine, glucuronolactone et vitamines du groupe B, ainsi que sur leur association avec de l’alcool, surtout chez les plus jeunes consommateurs.

Une étude, menée par Ferreira et al en 2004, a montré que l’association boisson énergisante + alcool potentialiserait les effets excitants de l’alcool et inhiberait ses effets dépressifs. Le consommateur perçoit donc moins les effets de l’alcool. Mais le préjudice pour l’organisme n’est pas pour autant amoindri.

Un nouveau format de présentation a depuis étoffé les gammes de boissons dynamisantes : les shots, considérés comme des compléments alimentaires. Ils concentrent les mêmes doses de caféine, taurine, glucuronolactone et vitamines sous un plus petit format, pour un public plus adulte. La quantité de sucre est elle plus faible ; l’unité de 60 mL apporte 27 kcal et 6.4 g de glucides. Le pendant négatif  est qu’il est encore plus facile de multiplier les prises et de dépasser les doses recommandées…

 

Pour conclure sur les précautions à respecter pour ces boissons, l’usage de ces boissons doit rester ponctuel et en quantité modérée, en cas de fatigue passagère et de besoin accru en énergie. Les personnes sensibles à la caféine, les enfants, les femmes enceintes et allaitantes ne doivent pas en consommer. Elles ne devraient pas être associées à des boissons alcoolisées, à des substances ou médicaments agissant sur le système nerveux central.

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